Le Tambour chamanique : son histoire, sa dimension sacrée, sa fabrication
- Corine DEPEYROT

- 6 juin
- 7 min de lecture
Dernière mise à jour : 7 juin

Partant d’une envie, d’un besoin, d’un désir, d’un appel, d’un rêve, les élans qui vous poussent à fabriquer votre tambour chamanique sont nombreux, multiples et variés.
Avec moi, vous ne vous promènerez pas en forêt à la recherche d’une galette, cette peau prédécoupée sur laquelle vous tomberez par hasard. (un signe, forcément).
Non : nous ne sommes pas à Pâques et vous ne participez pas à une chasse aux œufs, ni à Koh-Lanta à la recherche d’un collier d’immunité !
Fabriquer un tambour chamanique avec une chamane, c’est entrer dans la dimension sacrée et spirituelle de ce qu’est un tambour chamanique.
Mais avant de détailler la fabrication d'un tambour chamanique, un peu d’histoire
1 - Histoire du tambour amérindien – La place de l’homme
Sa pratique était réservée à la sphère privée.
À l’origine, jouer du tambour signifiait entretenir des relations avec sa communauté, les animaux et le cosmos. Considéré comme un être vivant, le tambour représentait l’ appartenance identitaire de son porteur. La relation au tambour a ainsi toujours été fondée sur le respect, puisque objet sacré qui lie l’homme et sa communauté à des puissances supérieures.

La pratique du tambour était liée à la vie (semi-) nomade de nombreux peuples autochtones, et plus précisément liée au territoire. Elle pouvait être réservée aux chasseurs pour favoriser la chasse et la guérison dans certaines communautés. Le tambour créait alors un lien entre le chasseur et l’esprit-maître des animaux. La chasse était un moyen de subsistance, mais aussi de socialisation avec les non-humains, socialisation renforcée par l’utilisation du tambour.
Puis son utilisation s’est ouverte jusqu’à accompagner des rassemblements, des rencontres inter communautés ou des événements plus politiques, voire hautement symboliques, comme la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation au Canada.
Enfin, le tambour a vu son utilisation étendue et son public élargi, autochtones et allochtones (C’est nous !). Il a évolué dans de nouveaux espaces relationnels, faisant lien entre différents groupes rassemblés : entre les générations, entre les communautés et avec les allochtones.
Le tambour, outil de rapprochement des générations.
Aujourd’hui, l’apprentissage du tambour - sa fabrication comme son utilisation - est transmis par les aînés de façon orale, soit lors d’un travail d’observation et d’imitation par les plus jeunes, soit par l’apprentissage du Ceremonial drum, tambour de cérémonie d’un grand diamètre joué à plusieurs. En battant ce drum lors de célébrations comme les pow-wow, les nouvelles générations peuvent apprendre à prendre soin d’un tambour et à intégrer la notion de respect qui l’entoure.

Les petits enfants, quant à eux et dans la plupart des communautés, ne peuvent pas y toucher. La plupart du temps, les femmes n’ont normalement pas le droit de jouer du tambour également. Dans certaines cultures autochtones, comme au sein de la communauté Innue par exemple, cela s’explique par le fait que, selon la tradition, chaque femme a un tambour en elle, modélisé par le battement du cœur de l’enfant qu’elle porte.
L’usage du tambour est donc associé à de nombreuses règles, celles, entre autres, qu'un tambour ne peut toucher le sol et doit être toujours emballé lorsqu’il n’est pas utilisé.
Le tambour, instrument de revendication politique
Dès le milieu du XXème siècle, la pratique du tambour ne s'est plus limité à la communication avec la nature et le cosmos. Il est devenu un outil de guérison bien particulier : celui de demander une forme de protection envers les plus jeunes ou pour les rapprocher des aînés suite aux atrocités des pensionnats autochtones qui avaient brisés les liens communautaires.

Le tambour est devenu peu à peu pour les Amérindiens un instrument politique de guérison plus large pour soigner les maux de l’entreprise coloniale, en mettant en avant leurs traditions, la pratique du tambour devenant un instrument de différenciation et d’affirmation par lequel les Autochtones s’émancipent des dominants de la société en valorisant ce qui leur est propre : leur identité, leurs pratiques et héritages culturels, leur langue, leur territoire ancestral, tout en se définissant par eux-mêmes et pour eux-mêmes.
Et pourtant aussi, dans certaines communautés autochtones, la pratique du tambour est de plus en plus rare.

Nombreux sont ceux qui possèdent un tambour, mais qui ne sont pas disposés à en jouer ou ne s’en sentent pas dignes. La colonisation, la sédentarisation et le placement des enfants dans les pensionnats autochtones ont réellement nuit à la pratique du tambour. La détresse psychologique que la colonisation a engendrée a parfois poussé les hommes à s’auto médicamenter en consommant drogues ou alcool. Or, d’après eux, la consommation abusive de ces substances ne les rend pas dignes de s’en servir.
Le tambour amérindien représente ainsi la richesse spirituelle, la résistance, la guérison, la diversité et l’unicité des Premières Nations.
L’instrument n’a pas perdu sa dimension sacrée et le respect qu’on doit lui accorder reste intact.
Cependant, les pratiques changent. Certains Autochtones y voient un renouvellement d’une pratique traditionnelle, une adaptation de cette dernière à des enjeux d’aujourd’hui. D’autres dénoncent la folklorisation de ces traditions sacrées : la pratique du tambour, à l’origine très codifiée et entourée d’une forme de secret, se voit révélée aux yeux et aux oreilles de tous, voire banalisée.
En somme, il semble que le tambour, objet sacré, change de signification. Sa pratique contemporaine est liée à une forme de guérison (parfois incomprise, notamment pas les Allochtones), et peut-être moins à la chasse qu’à l’affirmation d’une identité particulière. Le tambour conserve certes son aspect sacré et vient instaurer des relations avec trois groupes d’individus : les autres nations autochtones, les différentes générations et les allochtones.
En résumé, le tambour amérindien est un symbole commun puissant aux Premières Nations, qui doivent se garder le droit d’y donner d’autres significations et codes.
2 - Histoire du tambour européen – La place de la Femme

On retrouve de nombreuses représentations dans l’Antiquité suggérant que des femmes prêtresses du bassin méditerranéen utilisaient le tambour. Son rythme, semblable à celui du pouls et des battements de cœur, rappelait les tout premiers sons entendus pendant la période intra-utérine, et reliait aux vibrations de la terre. Le tambour à la forme ronde évoquait la lune et symbolisait la fertilité. Les battements effectués à main nue sur sa peau avaient pour intention de favoriser l’accès au divin et l’invocation de déesses.

C’était trop beau pour durer …
L’établissement des cultes patriarcaux à partir du IIIe millénaire apr. J.-C. et les siècles de christianisme qui ont suivi ont progressivement anéanti les pratiques païennes, rituels et fêtes de reliance à la nature dans lesquels le tambour avait sa place. Les pratiques d’altération de la conscience incluant chants et danses ont tout d’abord été marginalisées, puis interdites par décrets de l’Église.
Au IVe siècle (353), les lieux de cultes préchrétiens sont forcés de fermer, les textes anciens sont brûlés. Le tambour est officiellement interdit par le pape Jean III au VIe siècle. Les persécutions de l’Inquisition, qui commencent au XIIIe siècle et se poursuivent pendant cinq siècles, marquent la disparition de l’héritage païen de l’Europe occidentale.
Chasse aux sorcières, génocides des peuples autochtones ; Au fil de l’histoire, les tentatives ont été nombreuses pour faire taire les peuples qui maîtrisaient des pratiques de connexion au divin par le biais du tambour.
Mais ça revient …

L’engouement pour le tambour et les pratiques d’état de conscience modifié aujourd’hui est le signe d’un réel besoin de réinviter le sacré dans notre quotidien déconnecté.
Lorsque nous découvrons que le tambour était l’instrument de vénération de la culture des déesses avant l’établissement d’un système sociétal patriarcal, on comprend pourquoi il interpelle, réveille quelque chose de profondément enfoui en chaque femme.
Elles ressentent l’appel d’une pratique qui vibre encore dans leurs cellules de façon inconsciente.
Le besoin viscéral de fabriquer son tambour naît toujours de ce constat : Dès que j’ai entendu les premiers battements du tambour, quelque chose s’est activé en moi, comme si je retrouvais une sensation familière.
Le tambour, parce que son usage répond à un besoin vital de tisser un lien plus intime avec la terre, à la nature en nous et autour de nous, du fait de sa simplicité, de son accessibilité et de la profondeur de ses sons, nous ramène à un état instinctif et ancestral qui réveille nos sensations primaires, sauvages, favorisant la mise en pause du mental et de son incessante activité.
Grâce au tambour chamanique et à son rythme régulier, de plus en plus de femmes se reconnectent à leur nature cyclique profonde, au vivant, et s’ouvrent à une spiritualité détachée de tout dogme culturel ou religieux.
Elles retrouvent la confiance en elles et en leur puissance personnelle. La pratique du tambour reprend sa juste place pour se réapproprier le rôle d’outil précieux de transformation qu’il avait à l’origine.

3 - Fabriquer votre tambour chamanique
Lors d’un stage chamanique ou d’un séjour individuel pour fabriquer votre tambour, conscient de cette dimension sacrée et unifiée de votre prochain partenaire de voyage, vous irez dans un premier temps à la rencontre du monde animal : les yeux fermés, dans un ressenti total, vous laisserez vos doigts glisser sur la peau de différents animaux (bison, buffle, cerf, daim, biche, cheval, âne, etc.)
Votre toute première leçon d’humilité commence dès le choix de la peau.
Vous pensiez choisir la peau vous-même en choisissant un animal qui vous parle ? Cela ne fonctionne pas comme ça : un animal, c’est d’abord et avant tout une Medecine. Et la Medecine dont vous avez besoin, la Medecine qui va vous accompagner plusieurs années lorsque vous jouerez du tambour, vous n’en avez, a priori, aucune idée. Et lorsque l’animal vous aura choisi, vous ressentirez sous vos doigts toute la vibration de celui-ci.
Vous procéderez de la même façon avec le cadre, le règne végétal étant tout aussi important que le règne animal.
Le lacet, représentant le fil de la vie, (d’où l’importance du point central de votre tambour pour une prise en main équilibrée) est généralement en cerf brut. La médecine du cerf étant l’endurance, il vous soutiendra dans vos moments de doutes et de découragement.
La peau à même le sol, nous honorerons l’animal et son don. Nous le saugerons. S’ensuivra une célébration pour lui souhaiter la bienvenue. Puis vous vous envelopperez avec cette peau pour sceller votre unité.

Commencera alors la fabrication de votre tambour à proprement parlé ...
Je vous souhaite, après la lecture de tout cela, de ressentir à quel point fabriquer un tambour chamanique est une démarche spirituelle intensément profonde.
Le tambour chamanique porte en lui depuis la nuit des temps sa propre histoire chargée de joie et de souffrances. Des hommes et des femmes ont été persécutés en son nom.
Que votre conscience prenne l'entière mesure, intrinsèquement, de ce que représente le choix de fabriquer votre propre tambour chamanique.
Que chacun, au delà de ses élans personnels qui le pousse à fabriquer son tambour, réalise à quel point ses motivations sont parfois limitées ou mal définies au regard d'une conscience générale et d'une transmission spirituelles qui s'éveillent en vous, autour du tambour chamanique.
Si cet appel a résonné en vous, sentez-vous en digne, dans une totale humilité et une gratitude infinie pour tous ceux qui nous ont précédés.
Et si vous croyez que cette expérience puisse trouve écho en vous, rendez-vous à l’un de mes stages chamaniques ou lors d’un séjour chamanique individuel.
Sources
https://www.erudit.org/fr/revues/ciera/2025-n25-ciera010006/1117777ar
https://www.inexplore.com/articles/tambour-ages-cultures-guide-pratique-exploration-mondes-chamanique-conscience-voyage




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